Oubliez le nouvel iPhone Pro Giga Max aux milliards de pixels ou le dernier robot ultra-performant. La vraie surprise du Consumer Electronics Show 2026 (le salon qui recense chaque année les innovations tech les plus folles), c’est… un téléphone à clavier. Oui oui, le nouveau Clicks Communicator. Un téléphone à clavier, vous avez bien entendu, mais surtout un téléphone qui ne contient que le strict nécessaire pour communiquer : WhatsApp, mail, messages… La ressemblance avec notre bon vieux BlackBerry est à s’y méprendre.
Ce retour aux téléphones de notre enfance n’est pas anodin et s’inscrit dans une tendance plus large : celle des “dumbphones”, ces téléphones volontairement limités, sans réseaux sociaux ni distractions superflues. On voit de plus en plus de zoomers revenir aux téléphones à clapet, aux briques façon Nokia 3310, ou à d’autres reliques de l’époque tecktonik. Mais alors pourquoi la Gen Z, la génération pourtant biberonnée à la dopamine numérique, commence-t-elle à lever le pied ?
La tendance n’est pas nouvelle, ça fait déjà un moment que l’envie de digital detox nous chatouille. Limites de temps d’écran ou applications de blocage : chez les zoomers, chacun tente de reprendre le contrôle à sa manière. Mais bon, dans les faits cette résolution tient rarement dans la durée. Au début on est plein de bonne foi, puis on commence par dépasser notre limite de temps “juste pour aujourd’hui”, et en fait on la supprime carrément au bout de quelques semaines, pour finir par tout réinstaller au prochain Nouvel An, histoire de cocher une case dans notre liste de bonnes résolutions.
Sauf que cette fois, on a comme l’impression que le fameux retour aux sources s’opère vraiment. Pas grâce à un BlackBerry 2.0, mais parce que les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, une étude du CWI menée dans plus de 50 pays révèle que le pic de temps passé sur les réseaux sociaux a été atteint en 2022. Depuis, il diminue chaque année. En 2024, les adultes de plus de 16 ans passaient en moyenne 2h20 par jour sur les réseaux sociaux. C’est 10 % de moins qu’en 2022.
Ce n’est pas juste une tendance, les gens commencent réellement à lâcher les réseaux sociaux, surtout les plus jeunes. Les générations plus âgées, elles, viennent de découvrir TikTok et s’y engouffrent la tête la première. Mais pourquoi la Gen Z décroche-t-elle peu à peu ? Est-ce parce qu’on est la génération qui a grandi avec les réseaux sociaux ? Après tout, on est un peu le crash test de Zuckerberg. On a connu la naissance, le pendant, l’explosion, l’algorithme, le scroll infini. Et aujourd’hui, on se rend peut-être compte que les réseaux sociaux ont pris un peu, voire beaucoup, trop de place dans nos vies.
Avant, du temps où nous vivions nos premiers moments sur Snap, Insta ou même Facebook pour les plus anciens, les réseaux sociaux portaient encore bien leur nom : sociaux. Aujourd’hui, le temps passé sur les réseaux sociaux est surtout consacré au scrolling, activité assez peu sociale finalement. D’après cette même étude, les gens utilisent maintenant les réseaux sociaux davantage pour faire passer le temps que pour interagir réellement avec d’autres personnes. Instagram ou TikTok ressemblent alors plus à des espaces d’isolement qu’aux lieux de connexion qu’on nous avait promis.
Et cet effet d’isolement, les plus jeunes, en ont bien conscience : 67 % des adolescents de 13 à 17 ans se disent favorables à l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans. Peut-être parce qu’ils sont les premiers à constater que scroller indéfiniment nous affecte mentalement, et pas qu’un peu. Le lien entre scrolling et dépression a déjà été établi à de multiples reprises. Pas surprenant que les politiques commencent enfin à se saisir du sujet.
Alors non, le futur ne ressemblera peut-être pas à un grand retour en 2007 avec des sonneries René la Taupe et des claviers AZERTY sous le pouce. Il ne s’agit pas de diaboliser la tech ni de fantasmer un monde sans écrans. Il s’agit plutôt d’un rééquilibrage. Pendant dix ans, l’innovation a consisté à nous rendre toujours plus connectés, plus rapides, plus disponibles. Peut-être que la prochaine révolution sera toute autre. À quand un Dry January du numérique ?
Le Clicks Communicator n’est sans doute pas le produit qui va envahir toutes les poches. Mais il symbolise quelque chose de plus profond : une fatigue collective face à l’hyperconnexion, et surtout une prise de conscience. Celle que notre temps, notre concentration et notre santé mentale ne sont pas des ressources infinies. Et si le vrai progrès technologique consistait à nous laisser respirer ?