Existential crAIsis

C’est bon, on y est. La fin du “Made by Humans” approche à grands pas. En deux ans, on est passé de Will Smith, le visage tordu qui mange des spaghettis avec ses six doigts, à des long-métrages 100 % IA, des groupes de rock fictifs qui ont déjà plus d’un million de fans sur Spotify, et des interviews ultra réalistes d’IA qui découvrent qu’elles sont… des IA. Et qui en sont choquées. Bref, le  Made in AI” ne fait plus rire. Il touche. Il inspire. Il provoque. Il bluffe. Il trouble. Et surtout, il attire toutes les convoitises : les artistes, les annonceurs, Hollywood… tout le monde veut sa part du gâteau artificiel. 

Et pendant qu’on scroll religieusement nos 3h quotidiennes sur les réseaux, on se demande si ce n’est pas notre propre créativité qui est en train de passer en arrière-plan. Comme si l’humain devenait le bruit de fond d’un monde qui s’auto-produit. 

Mais si l’IA complète des symphonies de Mozart ou peint des tableaux à la DALL.E, elle ne fait toujours ni la vaisselle, ni le repassage, ni la garde des enfants le vendredi soir quand t’as envie de « rallumer la flamme conjugale ». Alors oui, l’IA ne fait pas encore tout. Et Tralalero Tralala est encore loin de concurrencer le génie d’Almodovar. Mais elle commence à toucher à ce qu’on pensait être notre dernier bastion sacré : la création. Voire même, la créativité. Et là, ça pique un peu notre petit égo d’homme sensible. L’IA nous confronte-t-elle alors à une quatrième grande blessure narcissique de l’humanité ? 

Pour le contexte : 

  • On a cru être au centre de l’univers. Alors qu’en réalité, on est équivalent à une poussière. (Merci Copernic)
  • On a cru être des êtres à part dans la nature, supérieurs, à l’image du divin. Alors qu’en fait, on est tous le fruit de l’évolution et on partagerait même 70% de gènes avec l’oursin. (Merci Darwin)
  • On a également cru être maîtres de nos désirs et de nos pensées, jusqu’à ce que Freud nous explique que “le moi n’est pas maître dans sa propre maison”.  (Cf. les textos à son ex à 2h du mat.) 

Il semble donc légitime de se demander si l’avènement de l’I.A au XXIe siècle ne nous mettrait pas une nouvelle fois face à une crise existentielle de l’humanité où nous craignons d’être dépassés par nos propres créations. 

De cette douce ironie que nous a réservé le sort, sort alors quelque chose d’assez poétique. Que nous reste-t-il, au fond, pour définir notre humanité ? 

Peut-être est-ce le Désir ? Ce feu indomptable, insatiable et impétueux, qui résiste encore à la froideur métallique du calcul algorithmique. Peut-être est-ce l’Amour ? Ce truc complexe, fragile, irrationnel mais qui reste, jusqu’ici, inimitable. Ou peut-être est-ce la Liberté ? Ce fardeau enchanté qui nous rappelle que l’action de l’Homme ne peut être ni prédite, ni programmée. 

On vous donne donc rendez-vous en 2035 dans Ok Zoomer saison 15 pour tenter d’y répondre.