Sexy Nana ne recherche plus Joli djo

Sur le bingo des critiques que chaque génération reçoit de ses aînés, la Gen Z n’en manque pas une : génération flemmarde, génération irrespectueuse, génération dépressive, génération surconnectée. Bref, on a de quoi faire. Mais jackpot, la Gen Z a tiré le numéro gagnant : on nous reproche maintenant d’être une génération asexualisée. Et oui, apparemment on est flemmards jusqu’au bout des panards, puisque la Gen Z est élue génération la moins active sexuellement. Selon une étude de l’IFOP publiée cette année, seules 38 % des femmes de 15 à 24 ans considèrent aujourd’hui la sexualité comme un aspect important de leur vie, contre 62 % il y a trente ans.

Les boomers (et autres générations) se sont depuis empressés de prendre le problème à bras le corps. Voici le bal des commentaires les plus juteux que l’on ne pensait pas recevoir de sitôt : “les jeunes font moins l’amour vu qu’il faut maintenant signer des consentements avant”, ou “vous les jeunes préférez faire du sport, des squats en salle, c’est tellement plus chiant et égocentré. Tant pis.” Oui oui ce sont bien de vrais commentaires.

Et dans la catégorie de boomers qui, eux, ont connu les années folles de l’amour et du “vrai » sexe, il est difficile de passer à côté de la chronique de Luc Le Vaillant parue dans Libération ce mois-ci. Le redac chef du Libé prend ainsi la plume pour nous parler à nous, la Gen Z. Alors pas à nous tous, non, mais à nous, les jeunes filles de la génération Z. Luc le Vaillant porte décidément bien son nom puisqu’il il dit regretter que nous nous prêtions moins au sexe et aux pratiques de la pénétration que les femmes de sa génération, ou dans ses termes “la percussion des corps”. Et oui, si votre oncle un peu gênant du repas de Noël vous manquait, pas de panique, Luc s’est dévoué pour nous faire kiffer dès le début de l’été. Alors si c’était censé nous convaincre, je pense que c’était pas le bon plan. On le rangera avec la lettre envoyée aux trentenaires pour leur rappeler qu’il faut absolument procréer (déjà traité dans notre article ici). 

Heureusement, huit journalistes (uniquement des femmes) de Libération se sont empressés de répondre à leur collègue, avec justesse, classe et efficacité pour lui rappeler, que non, “son phallus n’est peut-être pas si important”. 

Alors oui, aujourd’hui la sexualité occupe une place différente dans la vie des jeunes femmes, les chiffres montrent une baisse de l’activité sexuelle. Mais faut-il forcément y voir le symptôme d’une génération dysfonctionnelle ?

Et si on se trompait ? Et si le recul de la sexualité chez les jeunes femmes était plutôt le signe d’une émancipation plus concrète du devoir conjugal ? 

Après tout, une autre lecture est possible. Si les jeunes femmes ont aujourd’hui moins de rapports sexuels que leurs aînées, c’est peut-être aussi parce qu’elles ont davantage la possibilité de dire non. 48% des femmes de 18-24 ans ont déjà eu des rapports sans en avoir envie, c’est déjà énorme mais il y vingt ans c’était le cas de 65 % d’entre elles. Et si les femmes se sentaient plus en confiance pour dire “non” ? Pour nous, les zoomers de Marcel, c’est plutôt le signe d’une société qui avance. C’est d’ailleurs la conclusion de l’étude par la socio démographe Maryse Jaspard. Selon elle, cette baisse de la sexualité s’inscrit dans une période où « c’est l’importance du choix qui est mise en avant, plutôt que la performance”. 

Alors la liberté sexuelle avance oui, pas de la façon dont les boomers l’ont connue, mais d’une manière où les femmes ont la liberté de faire leur propre choix dans leurs rapports. D’autant plus que moins de rappors sexuels ne signifie pas forcément moins de satisfaction. Parce que oui les jeunes femmes font moins l’amour mais sont pourtant toutes aussi satisfaites que leurs aînées. 

Comment l’expliquer ? D’abord par une pratique plus fréquente de la masturbation. Selon l’IFOP, 71 % des jeunes femmes disent l’avoir déjà pratiquée, contre 42% en 1992. Ensuite par l’usage croissant des sextoys, mais aussi par une remise en question progressive d’une sexualité longtemps organisée autour du plaisir masculin et de la pénétration comme passage obligatoire.

La sexualité des jeunes femmes semble ainsi moins fréquente, peut-être moins centrale dans leur vie, mais davantage tournée vers leur propre plaisir.

Alors oui, la pilule est peut-être difficile à avaler pour ceux qui aiment fantasmer un âge d’or de la sexualité dont ils auraient été les héros. Mais les jeunes femmes d’aujourd’hui ne rejettent pas le sexe, elles redéfinissent simplement les règles du jeu. 

On le sait, critiquer les plus jeunes est un sport générationnel. Pourtant, toutes les évolutions ne sont pas des dérives. Certaines sont tout simplement des signes de progrès. Peut-être que les boomers gagneraient à se détendre. Don’t worry, les zoomers pourront vous donner la prescription.