Destination sous influence

Le 12 août prochain, près de 500 000 personnes sont attendues en Castille-et-León en Espagne pour observer moins de deux minutes d’obscurité pendant l’éclipse. Attends, on te la refait : on va avoir 1 demi-million de personnes qui va traverser la moitié du globe pour observer quoi… Rien.

On aime bien croire qu’on voyage différemment des autres. C’est mignon. Parce qu’à regarder nos stories, on finit quand même souvent aux mêmes endroits (bisous à tous nos fans de 7Eleven).

À la base de la base, la destination de voyage ça doit raconter nos goûts et notre personnalité à nous. Mais ça n’a pas de sens si tout le monde va aux mêmes endroits… non ? Est-ce que nos choix de voyage sont si personnels qu’on aimerait bien le croire ? 

À force de voir défiler sur nos réseaux, les mêmes ruelles grecques, les mêmes plages des Baléares et les mêmes poses au bord du lac de Côme, on finit presque par les connaître par cœur sans y avoir mis un bout de nos Birkenstock.

Ce qui explique certainement pourquoi la GenZ cherche des expériences uniques, si possible avant qu’elles n’arrivent dans les FYP. Un phénomène qui a fait exploser les #hiddengems sur les réseaux. 

Pour trouver l’endroit où personne ne va, on demande aujourd’hui… à l’algorithme que tout le monde utilise. Notre envie de sortir des sentiers battus finit donc par créer de nouveaux sentiers battus. Une hidden gem à trois millions de vues, c’est quand même pas si hidden…

Mais l’algorithme n’est pas le seul à guider nos choix de voyage : ils le sont aussi par le regard des autres. Le choix de la destination sert aussi à dire quelque chose de nous.

Partir en Italie, c’est bien. Trouver « ce petit village dans les Pouilles où personne ne va encore », c’est mieux. Parce que imagine on te prend pour un touriste ?? 

Bah oui, le trek au Kirghizistan, l’auberge perdue au Monténégro ou le restaurant conseillé par « une locale » ça donne pas les mêmes anecdotes à raconter.  

La destination devient une vitrine. Elle nous raconte aventurier, cultivé, spontané ou suffisamment initié pour éviter ce qui serait devenu mainstream. 

Et en vrai, c’est peut-être même pire que ça. Et si voyager « niche », c’était devenu une démonstration de statut (et de se prouver qu’on voyage mieux que tout le monde accessoirement) ? Quand on sait que la majorité des voyageurs aisés disent aujourd’hui préférer “les expériences culturelles authentiques et uniques” aux séjours de luxe traditionnels, on peut se demander si le nouveau luxe c’est pas de dénicher une précieuse HiddenGem avant tout le monde finalement.

Sauf que savoir où chercher, quoi trouver cool et ce qui vaut le détour, ça s’apprend bien avant TikTok. Et nos goûts non plus ne naissent pas à 22 ans devant Skyscanner.

Eh oui, l’influence la plus ancienne de notre voyage, c’est notre milieu. 

Une étude de l’Alliance France Tourisme montre que nous avons tendance, une fois adultes, à retourner vers les formes de vacances que nous avons connues enfants. 

C’est quand t’as l’âge de demander “quand est-ce qu’on arrive ?”, que tu vas savoir si le camping c’est la liberté pour toi, le cauchemar absolu. Et si L’hôtel c’est un luxe exceptionnel ou le minimum syndical.

Cela ne veut pas dire que nous ne choisissons rien. Être influencé n’est même pas forcément un problème : Nos parents peuvent nous transmettre le goût du voyage et TikTok nous faire découvrir un pays dont on ignorait l’existence (c’est quoi déjà la capitale du Timor Oriental ?). 

Alors, est-ce qu’on déteste vraiment les vacances all inclusive, ou est-ce qu’on a appris qu’elles n’étaient « pas pour nous » ? Est-ce qu’on rêve vraiment de cette hidden gem, ou de ce qu’elle dira de nous une fois postée ? Gamberge.

Petit tips : la prochaine fois, avant de dire hasta la vista au soleil en Castille-et-León, demande toi pourquoi, au fond, t’as envie d’y aller.